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Transmission d'entreprise

Transmettre son entreprise sans casser ce qu'on a construit

Par Alexis Schumacher, repreneur de PME en Bretagne et Pays de la Loire

Quand un dirigeant commence à penser à la transmission de son entreprise, la première question n'est pas toujours le prix. C'est souvent : que vont devenir mon équipe, mes clients, et ce que j'ai mis dix, vingt ou trente ans à construire ?

C'est une question légitime. Une entreprise n'est pas seulement un bilan, un chiffre d'affaires ou un EBE : c'est un savoir-faire, des personnes et une réputation. Voici cinq points qui, à mon sens, permettent de passer le relais sans rien casser.

Dirigeant artisan travaillant dans son atelier : le savoir-faire d'une PME à transmettre — Alexis Schumacher, repreneur d'entreprise
Un savoir-faire construit au fil des années : c'est d'abord cela qu'une transmission doit préserver.

1.S'y prendre tôt

Selon les estimations avancées ces dix dernières années, entre 10 000 et 30 000 entreprises disparaîtraient chaque année en France faute de repreneur1. Beaucoup ne ferment donc pas parce qu'elles vont mal, mais parce que personne n'est là pour prendre la suite. Et l'enjeu grandit : entre 2020 et 2030, environ 500 000 dirigeants seraient susceptibles de partir à la retraite2.

Un dirigeant qui envisage son départ deux ou trois ans à l'avance n'est donc pas en retard : il a anticipé. Ce temps lui permet de choisir son repreneur plutôt que de le subir, et de rendre son entreprise moins dépendante de sa propre présence : des responsables qui décident, des méthodes connues de l'équipe, des clients qui ne dépendent pas d'un seul interlocuteur. Une entreprise structurée, plus autonome, moins dépendante de son dirigeant, se transmet plus facilement. Et elle reste solide après le départ de son dirigeant.

2.Protéger la confidentialité

Un projet de cession qui s'ébruite trop tôt inquiète les salariés, les clients et les fournisseurs. Avant tout échange de chiffres, un engagement de confidentialité doit être signé.

Les salariés sont informés au moment choisi avec le dirigeant, dans le respect de la loi. Depuis la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, les entreprises de moins de 50 salariés doivent les prévenir au moins un mois avant la vente, contre deux mois auparavant3.

3.Prendre le temps de la transition

Le savoir d'un dirigeant ne se transmet pas en une semaine : les clients historiques, les fournisseurs, les habitudes de l'équipe, les décisions qu'il est le seul à prendre.

La durée de l'accompagnement se construit à partir de ces besoins concrets, au rythme du dirigeant, et non à partir d'une formule toute faite. L'objectif est un passage de relais progressif, où chacun trouve sa place.

Poignée de main entre un artisan en tenue de travail et un repreneur en costume : la transmission d'une entreprise — Alexis Schumacher, repreneur
La transmission se prépare entre le dirigeant et son repreneur, au rythme du dirigeant.

4.Choisir un repreneur qui veut comprendre avant de changer quoi que ce soit

Une entreprise ancienne et financièrement saine doit sa longévité à des façons de faire qui ont fait leurs preuves : le savoir-faire de l'équipe, la relation avec les clients, l'organisation du travail mise en place par le dirigeant.

Pour le repreneur d'une telle entreprise, changer peu de choses est souvent la meilleure décision. Le bon repreneur est celui qui s'intéresse d'abord à ce qui a fait la pérennité de l'entreprise, et qui prend le temps de le comprendre. Et s'il doit y avoir des améliorations, elles viendront ensuite, par petites touches, en s'appuyant sur ce qui fonctionne. Des changements trop importants et trop tôt désorganisent les habitudes de travail des salariés et des fournisseurs.

Quelques questions à poser à un candidat repreneur :

  • Qu'allez-vous changer ou améliorer dans mon entreprise, et à quel moment ?
  • Comment allez-vous vous y prendre pour comprendre mon entreprise avant de décider quoi que ce soit ?
  • Que ferez-vous pendant vos six premiers mois dans l'entreprise ?
  • Quelle place voyez-vous pour moi pendant la période de transition ?
  • Si un client de longue date vous appelle le lendemain de la vente, que lui direz-vous ?

Ses réponses en diront beaucoup sur la façon dont il traitera ce que vous avez construit.

5.Rassurer l'équipe dès le premier jour de la reprise

Pour les salariés, un changement de dirigeant soulève toujours les mêmes questions : est-ce que je garde mon poste ? Est-ce que tout va changer du jour au lendemain ? Qui va décider, maintenant ?

Y répondre clairement, en face, dès le premier jour, évite que les meilleurs éléments partent par inquiétude. La continuité de l'équipe, c'est aussi la continuité pour les clients. Un mot du repreneur face à l'équipe le premier jour est indispensable pour rassurer tout le monde.

Premier jour d'une reprise d'entreprise : le repreneur s'adresse à l'équipe dans l'atelier, aux côtés de l'ancien dirigeant — Alexis Schumacher, repreneur de PME
Le premier jour, le repreneur s'adresse à l'équipe, aux côtés du dirigeant qui lui transmet l'entreprise.

En résumé

Transmettre une entreprise, ce n'est pas seulement la vendre : c'est confier une histoire à quelqu'un qui saura la continuer. Le prix compte, bien sûr. La manière compte au moins autant.

Si vous êtes dirigeant et que vous réfléchissez à l'avenir de votre entreprise, même à échéance de plusieurs années, je serais heureux d'en parler, en toute discrétion.

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Sources

  1. Estimation de 30 000 entreprises par an : rapport de la députée Fanny Dombre-Coste sur la transmission d'entreprise, remis au Gouvernement en 2015 ; estimation de 10 000 sociétés : étude de la CPME, citée par Le Journal des Entreprises.
  2. Direction générale des Entreprises, Les transmissions d'entreprises : tendances, défis et enjeux pour l'économie française, Les Thémas de la DGE n° 30, juin 2025.
  3. Loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique (Journal officiel du 27 mai 2026), applicable aux cessions intervenant depuis fin juillet 2026 ; voir aussi la synthèse de Bpifrance Création, « Loi de simplification de la vie économique : les mesures phares », juin 2026.

Crédit photo de l'atelier : Pexels.